Pourquoi Clermont-Ferrand affiche 10,4 % de passoires : le climat dans le calcul du DPE

En bref
Clermont-Ferrand affiche 10,4 % de passoires (F-G) parmi les DPE réalisés, contre 2,7 % à Perpignan. L'écart ne vient pas de la qualité du bâti mais du calcul : le DPE intègre la zone climatique et l'altitude, et Clermont se situe en zone H1c, la plus exigeante en besoins de chauffage.
Un chiffre qui surprend les propriétaires
Clermont-Ferrand affiche 10,4 % de passoires thermiques, classées F ou G, parmi les DPE réalisés sur la commune. C'est l'un des taux les plus élevés de notre réseau.
La réaction habituelle est de conclure que le bâti clermontois serait mal construit ou mal entretenu. C'est faux, et la comparaison le montre : une même maison, avec la même isolation et le même chauffage, obtiendrait une meilleure étiquette si on la déplaçait sur la côte méditerranéenne. La différence ne se joue pas dans les murs mais dans la méthode de calcul.
Le DPE n'est pas une mesure, c'est un calcul
Première chose à comprendre : depuis la réforme de 2021, le diagnostiqueur ne relève pas vos factures. Il décrit le logement, ses matériaux, ses équipements, ses surfaces et son orientation, puis un moteur de calcul conventionnel en déduit une consommation théorique.
Cette consommation correspond à un usage standardisé, avec des températures de consigne fixes et une occupation type. C'est ce qui permet de comparer deux logements entre eux plutôt que deux ménages. Et c'est aussi ce qui fait entrer le climat dans l'équation : pour estimer les besoins de chauffage, le calcul doit savoir où se trouve le bâtiment.
Ce qu'est une zone climatique
La France est découpée en huit zones climatiques : H1a, H1b, H1c pour le nord et l'est, les zones les plus froides ; H2a à H2d pour une bande intermédiaire atlantique et du Sud-Ouest ; H3 pour le pourtour méditerranéen.
À chaque zone correspondent des données de température et d'ensoleillement conventionnelles. Elles déterminent la rigueur de l'hiver retenue par le calcul, et donc l'énergie théoriquement nécessaire pour maintenir le logement à température. Une même chaudière, dans une même maison, aura donc plus de travail à fournir dans une zone froide.
Clermont en H1c : l'hiver du bassin de Limagne
Clermont-Ferrand relève de la zone H1c. Le climat clermontois combine des influences continentales, avec des hivers marqués, et une position particulière dans le bassin de Limagne, à l'abri du relief.
Cette situation produit un contraste fort entre saisons : des hivers réellement froids, des étés chauds. Pour le DPE, seul le premier volet pèse lourd, puisque le calcul de l'étiquette repose principalement sur les besoins de chauffage et d'eau chaude, pas sur le confort d'été.
L'altitude, le second curseur
La zone climatique ne suffit pas : le calcul intègre également l'altitude du bien, par tranches. Plus on monte, plus les besoins conventionnels de chauffage augmentent.
C'est un point que beaucoup de propriétaires du Puy-de-Dôme découvrent en comparant deux DPE. Deux maisons identiques, l'une en ville et l'autre sur les hauteurs, ne partent pas avec les mêmes chiffres. Sur un bien situé en périphérie ou sur les coteaux, cette correction peut suffire à faire basculer une étiquette d'un cran.
Pourquoi Clermont et Perpignan ne jouent pas au même jeu
L'écart devient parlant chiffres en main. Clermont affiche 10,4 % de passoires, Perpignan 2,7 %, soit près de quatre fois moins.
Aucune de ces deux villes n'a un parc immobilier quatre fois meilleur que l'autre. Les deux comptent du bâti ancien de centre-ville, des faubourgs et des grands ensembles des années 60. Ce qui les sépare, c'est que la première doit chauffer beaucoup et la seconde très peu. Comprendre le fonctionnement des classes du DPE évite d'interpréter ce genre d'écart comme un jugement sur la qualité des logements.
Ce que le climat ne fait pas : l'isolation reste reine
Il serait faux d'en conclure qu'un propriétaire clermontois est condamné par sa géographie. Le climat fixe le niveau de la demande, pas la capacité du logement à y répondre.
Dans une zone froide, chaque point d'isolation gagné se traduit par une économie plus importante que dans une zone douce, précisément parce que la saison de chauffe est longue. Autrement dit, les travaux rapportent davantage à Clermont qu'à Perpignan, en euros comme en classes. Le climat pénalise l'étiquette de départ, il récompense l'effort.
Le bâti clermontois face au froid
Clermont possède une signature architecturale reconnaissable : la pierre de Volvic, cette lave grise qui donne à la ville et à la cathédrale leur teinte sombre.
Ce matériau est dense et présente une forte inertie, ce qui aide en été mais ne constitue pas une isolation. Sur les immeubles anciens du centre et de Montferrand, l'enjeu porte donc sur la toiture, les combles, les menuiseries et la ventilation plutôt que sur les murs eux-mêmes. Nous détaillons ces particularités dans notre article sur le bâti en pierre de Volvic.
Les grands ensembles et le chauffage collectif
L'autre partie du parc concerné se trouve dans les ensembles construits entre les années 1950 et 1970, à Croix-de-Neyrat ou dans les quartiers issus de l'histoire industrielle de la ville, comme les cités Michelin.
Dans ces immeubles, l'étiquette dépend largement de décisions collectives : l'installation de chauffage, l'isolation de l'enveloppe, la ventilation. Un propriétaire seul y a peu de leviers, ce qui rend le DPE en copropriété déterminant pour engager une trajectoire commune.
La réforme du 1er janvier 2026 change la donne
Une évolution nationale entrée en vigueur le 1er janvier 2026 modifie le calcul : le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire passe de 2,3 à 1,9, en application de l'arrêté du 13 août 2025 publié au Journal officiel le 26 août 2025.
Selon le ministère, environ 850 000 logements pourraient sortir des classes F ou G à l'échelle nationale. L'effet est mécaniquement plus fort là où le chauffage électrique est répandu et où les besoins sont élevés, donc dans les zones froides. Un logement clermontois chauffé à l'électricité, diagnostiqué avant 2026, mérite très sérieusement un nouveau calcul.
Ce que ça change pour un vendeur
Le premier réflexe est de vérifier l'âge du diagnostic. Un DPE établi avant le 1er janvier 2026 sur un bien chauffé à l'électricité ne reflète plus la règle en vigueur, et sous-estime probablement le logement.
Le second est de ne pas laisser l'étiquette parler seule. Sur un marché où le climat tire les classes vers le bas, l'acquéreur clermontois est habitué à voir des D et des E. Un dossier de vente complet, accompagné d'un devis de travaux chiffré, vaut mieux qu'une étiquette commentée à l'oral.
Ce que ça change pour un bailleur
Pour la mise en location, le calendrier national d'interdiction des passoires s'applique sans considération de zone climatique. Un logement classé G à Clermont est traité comme un logement classé G ailleurs.
C'est l'aspect le plus dur de cette histoire : le climat pénalise l'étiquette, mais la réglementation ne compense pas. Dans une ville étudiante où la demande locative est forte, notamment autour de l'université, ce point mérite d'être anticipé plutôt que subi. Notre article sur les passoires thermiques à Clermont détaille le calendrier applicable.
Par où commencer les travaux
En zone froide, l'ordre des opérations compte plus qu'ailleurs. On traite d'abord l'enveloppe, en commençant par les déperditions les plus fortes, généralement la toiture et les combles, puis les menuiseries. On s'occupe du système de chauffage ensuite, une fois les besoins réduits.
L'inverse conduit à surdimensionner un équipement pour un bâtiment qui fuit. Un audit énergétique permet de hiérarchiser ces postes sur la base du bâti réel plutôt que d'un devis reçu au hasard. Les aides évoluent régulièrement : vérifiez les dispositifs en vigueur sur https://france-renov.gouv.fr avant d'arbitrer.
Questions fréquentes
Le DPE tient-il vraiment compte du climat local ?
Oui. Le calcul intègre la zone climatique du bien, parmi les huit zones françaises, ainsi que son altitude par tranches. Ces paramètres déterminent les besoins conventionnels de chauffage et pèsent directement sur l'étiquette obtenue.
Dans quelle zone climatique se trouve Clermont-Ferrand ?
Clermont-Ferrand relève de la zone H1c, parmi les plus exigeantes en besoins de chauffage. Le climat du bassin de Limagne combine des influences continentales et des hivers nettement marqués, ce que le calcul du DPE traduit.
Pourquoi Clermont a-t-elle plus de passoires que Perpignan ?
Clermont affiche 10,4 % de passoires contre 2,7 % à Perpignan. L'écart tient au climat retenu par le calcul, pas à la qualité du bâti : une ville qui doit beaucoup chauffer obtient mécaniquement des étiquettes plus basses à construction équivalente.
L'altitude de ma maison change-t-elle mon DPE ?
Oui, le calcul applique une correction par tranches d'altitude. Deux maisons identiques, l'une en ville et l'autre sur les hauteurs, n'obtiennent pas les mêmes chiffres, et l'écart suffit parfois à faire basculer une classe.
Faut-il refaire un DPE établi avant 2026 ?
C'est vivement conseillé pour un logement chauffé à l'électricité. Le coefficient de conversion est passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026 : un diagnostic antérieur applique l'ancienne règle et sous-estime souvent le bien.
La réglementation tient-elle compte de la zone climatique ?
Non. Le calendrier d'interdiction de location des passoires s'applique uniformément sur le territoire. Un logement classé G à Clermont est traité comme un logement classé G en zone méditerranéenne, sans compensation liée au climat.
Sources officielles
- Service-Public.fr : Diagnostic de performance énergétique (DPE) · Obligations, validité et contenu du DPE.
- ADEME : Observatoire des DPE et audits · Statistiques publiques des DPE réalisés en France.
- Géorisques (ministère de la Transition écologique) · État des risques par adresse (inondation, argiles, termites, radon).
- Annuaire officiel des diagnostiqueurs certifiés · Vérifier la certification d'un diagnostiqueur.